Le retour des spécifications dans un projet décisionnel lean

Au risque de me faire encore conspuer par nos camarades agilistes militants, je vais vous raconter comment j’ai contribué à la sortie d’un des projets auxquels je participe du mode Agile/Lean. Car oui, je l’avoue, j’ai fait du lobbying pour le retour du cycle en V…

Tout commence par un projet de migration Cognos vers SQL Server, avec une petite équipe de développeurs experts et un client qui fait confiance. Aucun frein à la productivité, les résultats sont immédiats et visibles à travers les premiers états livrés après seulement quelques semaines de travail. Point de vue gestion de projet, l’équipe fonctionne alors en mode cowboy, juste quelques todo lists priorisées, une réunion de suivi hebdomadaire, et tout le monde est bien content.

Les choses s’accélèrent, la migration avance à bon rythme, et le succès rencontré par la production des premiers rapports déclenche la demande de nouveaux rapports. Le client trouve sa place en tant qu’évangéliste de la solution, il identifie des utilisateurs potentiels, vend sa solution en interne et génère encore plus de besoins.

On avance de 6 mois, et… la migration n’est toujours pas terminée. En effet la recette des rapports est décalée en permanence car chaque revue déclenche une flopée d’évolutions. Les nouvelles demandes s’entassent et parfois même disparaissent puisqu’elles ne sont pas suivie d’une manière centralisée (pas de réel backlog) et que la priorité est attribuée aux derniers utilisateurs venus se plaindre dans l’open-space. Il n’y a ni planning, ni suivi du consommé, ni documentation, et même l’architecture technique commence à en souffrir (effet de bord d’une autre décision qui n’est pas le sujet du jour).

Le problème est identifié et c’est à ce moment-là que je rentre en scène. Ma mission est évidemment de remettre de l’ordre dans tout ça. Je reprends donc la longue liste des demandes, je clarifie les items, génère un backlog unique et accroche au mur un beau Kanban tout neuf.

 Dilbert - Méthodes Agiles

Pourquoi un Kanban ?

  • L’équipe fonctionne en livraison continue, sans itération, point positif à conserver
  • On lui reproche un manque de visibilité sur son activité en cours, il faut y remédier
  • Les priorités changent tous les 2 jours, il faut pouvoir s’adapter
  • L’équipe travaille sur trop de sujets à la fois, il faut rationnaliser

On est donc dans le cadre d’application idéal pour cette technique.

Et hasard des réorganisations, c’est justement le moment où un des utilisateurs principaux de la solution, directement en provenance du métier, passe officiellement business owner à temps plein.

S’en suivent 2 mois plutôt positifs, où une fois les process mis en place, le business owner et les utilisateurs constatent une amélioration du delivery en terme de rythme, de réactivité et de visibilité sur l’activité (par ce que oui, un développeur qui ne fait pas de réunion et qui n’envoie pas de mail c’est bien un développeur qui travaille, et pas le contraire). Le reproche éternel de la capacité à s’engager sur des dates est évidemment toujours dans l’air, mais on atteint une visibilité à 3/4 semaines qui à mon sens est la seule période vraiment réaliste.

Et là, c’est le drame…

Devant le regain de productivité de l’équipe, les demandes explosent à nouveau. Les développeurs reçoivent plus de 5 mails par jour des utilisateurs, avec ou sans le business owner en copie. Les règles de gestion évoluent sans cesse, les couleurs dans les rapports aussi, les sources de données changent considérablement, et la mauvaise habitude de donner la priorité au dernier qui a parlé réapparaît. A nouveau l’équipe s’enlise et la satisfaction des utilisateurs sombre.

Pour moi le problème est clair : l’équipe est en sous-capacité. Si nous étions capables de dépiler plus vite les tickets, nous arriverions à retrouver un flux optimal. Mais dans notre cas, même avec l’ajout d’un développeur, la situation persiste. Le delta entre besoin et capacité de production est vraiment trop important. Pas possible d’ajouter plus de ressources, d’un point de vue budget et praticité, nous sommes au maximum.

 Dilbert - Product Owner vs Développeur

Alors j’ai pratiqué ce que je prêche, et j’ai demandé au business owner, qu’on considérera désormais comme un chef de projet MOA, de commencer à écrire des spécifications fonctionnelles. Chaque demande d’évolution doit mettre à jour la spécification correspondante, chaque nouveau besoin doit être pensé et écrit dans le dur.

Mon objectif est clairement d’introduire une contrainte au niveau métier, pour stabiliser la génération des besoins (le rythme est sincèrement démesuré) et ainsi faire basculer au niveau MOA le goulet d’étranglement du flux.

Car à être trop disponible et réactive, l’équipe de développement était devenue une extension du cerveau du business owner, et de certains utilisateurs trop exigeants. Chacune de leurs pensées à demi digérée était rapidement écrite dans un mail et transmise en priorité 1, trop souvent en totale contradiction avec l’info précédante. J’espère que le fait d’avoir à se poser pour penser et écrire concentrera leurs idées et diminuera les changements d’avis. Le travail de réconciliation et d’harmonisation fonctionnelle doit définitivement être réalisé par le business owner, pardon, le chef de projet MOA.

Evidemment c’est une étape temporaire, une astuce qui donnera également à l’équipe le temps de souffler un peu et traiter les vraies priorités. Je compte bien retourner à nouveau dans un mode plus lean une fois l’orage passé. Et je provoque en parlant du retour du cycle en V, puisqu’on conserve bien la livraison continue et le fonctionnement en mode pull. J’impose juste une contrainte de documentation plus lourde côté utilisateur avant d’accepter les activités dans le backlog.

On en reparle dans quelques mois, pour voir si l’expérience porte ses fruits !

PS : Evidemment toute cette histoire se vit dans un contexte d’entreprise plus global, sur fond de guerre politique entre services, de rachat de sociétés et d’avancement de carrière des internes, qui expliquent beaucoup plus mais que je ne peux évidemment pas raconter ici 😉

La BI ça vous gagne : Audience au 20/05/2013

Un mois de retard pour cette 6ème revue de l’audience de La BI ça vous gagne!

Rappel des éditions précédentes:

Abonnements :

  • RSS : 26 – autant qu’il y a 7 mois, un effet de la mort annoncée de Reader?
  • Twitter : 110 (précédemment : 64)
  • WordPress : 22 (précédemment : 9) , beaucoup de bloggeurs, c’est chouette d’être reconnu par ses pairs 🙂
  • Mail : 13 (idem)

Le total passe de 112 à 171, +50% en 7 mois, joli!

Statistiques WordPress :

Audience LBCG 2013-05-17

La moyenne des visites semble se stabiliser entre 3500 et 4000 visites par mois, soit un peu moins de 2000 visiteurs uniques. On peut noter que j’ai un peu ralenti mon rythme d’écriture en ce début d’année, et que donc ces articles font plus de visites.

Top 10 des articles :

Chiffre des 3 derniers mois :

Title Views
Gestion de Projet Décisionnel – Méthodes Agiles ou Cycle en V ? 1,515
Les différentes carrières du consultant décisionnel 618
Modèle d’organisation de la DSI, ce qu’il ne faut pas faire. 522
Petit Rappel Consulting: Forfait, Régie, Régie forfaitée… 413
Consultants Juniors, Confirmés, Séniors, quels critères pour quantifier l’expérience? 343
Rapide revue de Tibco Spotfire face à Tableau 342
Modélisation dimensionnelle à éviter : La table de faits universelle 329
Décisionnel Agile : Réaliser son Datawarehouse en itérations agiles 284
Modélisation Dimensionnelle : Les Fondements du Datawarehouse (webcast) 273
Projet décisionnel : choisir la bonne technologie dans l’offre Microsoft SQL Server 204

Une belle montée des « carrières » et des articles orientés consulting. Encore une grosse présence des articles sur l’Agilité, ça me fait plaisir. La surprise c’est la revue Tibco/Tableau qui semble avoir trouvé son public en mars/avril.

Top 10 des référents

Chiffre des 3 derniers mois :

Referrer Views
Search Engines 5,000+
Twitter 65
Netvibes 48
Facebook 23
blog.djeepy1.net 21
viadeo.com 19
fjehl.wordpress.com 15
fr.wordpress.com 14
perceptualedge.com 13
linkedin.com 12

Pas de surprise, le gros de la troupe vient de Google. Mais à mon sens le « vrai » trafic, celui qui compte, a plutôt tendance de venir des suivants. Un bisou en passant à Jean-Pierre et François 😉

Conclusion

Après bientôt 3 ans et 300 articles, je suis plutôt satisfait du résultat. J’ai plein de choses à raconter sur mon aventure de manageur (désormais nous sommes 13!), mais évidemment c’est encore trop tôt. Et de votre côté, satisfaits également? Toujours intéressés?

BD : xkcd – Heatmap

Il devient tellement simple de faire des visualisations à base de cartes, qu’il est important de rappeler qu’à moins de pondérer les valeurs par la densité géographique, tout ce qu’on obtient ce sont des cartes de la population:

A moins de prendre en compte la densité, toutes les heatmaps sont des cartes de la population

4 liens pour la semaine (2013-20)

Du business, du management, et un peu d’amour pour Excel:

  1. Kevin Meyer avec 2 signes très clairs pour qualifier une future relation commerciale. Rien de tel que la société qui gèle le paiement des fournisseurs les 3 derniers mois avant la publication des chiffres en bourse. Juste scandaleux.
  2. Vance Crowe avec une belle histoire de ce qu’il est possible de négocier quand il n’y a plus d’argent dans la caisse – confère lien n°1 😉 (Via HN)
  3. Alaister Low nous fait un rappel sur la pyramide de Maslow et son application en management et ressources humaines. Une bonne piste à suivre pour les managers dont le turnover explose.
  4. James Kwak qui rend un peu d’amour à Excel. Tout comme Rob Collie, je suis partisan du fait qu’Excel soit l’outil fondamental de la boîte à outils des « cols blancs », au même titre que le bloc note il y a 30 ans. Maintenant à chacun de prendre en main sa propre formation pour bien l’employer. (Via HN)

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Après la dette technique, la dette sociale, l’autre ennemie du patron de SSII

On parle souvent de dette technique, cette expression maintenant bien connue qui propose que tout raccourci technique pris à l’instant t est en fait un emprunt de temps qu’il faudra rembourser, avec intérêt, dans le futur, en corrections d’anomalie ou refonte obligatoire avant évolution.

Je commence à penser que dans notre microcosme de consultants, on peut également parler de dette sociale. Évidemment je parle pour les consultants informatiques en SSII, mais je ne doute pas une seconde que cela s’étende à tout collaborateur employé.

 Dilbert du 2013-02-08

Vous vous souvenez que plus tôt nous discutions de la marge dégagée par un consultant, et de comment il pouvait être rageant de comparer sa rémunération aux montants que l’on facture. Si en y regardant de plus près on se rendait bien compte que cette marge n’était pas aussi importante que ce qu’on pouvait croire, il restait quand même un peu d’argent à la fin du mois dont on aurait aimé profiter malgré tout.

Et c’est là je pense qu’on peut parler de dette sociale : ce qu’un patron va pouvoir économiser sur les augmentations, les formations, l’équipement (PC, téléphones, licences…), les avantages (CE, remboursement des frais ou tickets resto), … il le payera forcément plus tard, en démissions ou négociations salariales en force (celles du genre : « j’ai reçu une proposition à tant, soit vous faîtes la même soit je démissionne »).

Rechercher l’optimisation à outrance de cette marge, à la fois en serrant sa masse salariale (les salaires et primes) et en consacrant une part minime du reste aux collaborateurs, est une stratégie à court-terme risquée qui employée en dehors d’instants très spécifiques (création d’une société, faiblesse économique ponctuelle) tuera à coup sûr la croissance à moyen terme. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, le chiffre d’affaire d’une SSII est directement proportionnel à son nombre de consultants. Une démission c’est une perte nette de chiffre d’affaire.

Manifestations de Mai 68

Patron, on a un problème dans l’open space…

Récapitulons :

  • Dette technique : on code à la va vite une évolution avec un patch un peu vilain plutôt que modifier proprement la solution ? Le retour de bâton viendra sur l’anomalie en théorie impossible, qu’on mettra 3 fois plus de temps à diagnostiquer parce qu’on aura oublié la petite verrue bien cachée.
  • Dette sociale : on choisit une mutuelle au rabais et on refuse des congés à ses collaborateurs ? Le retour de bâton viendra au moment de lancer un nouveau grand projet, quand 3 démissions tomberont en même temps et qu’on n’aura plus personne capable d’encadrer les juniors déployés.

De mon côté, nous avons mis en place plusieurs éléments qui je l’espère contribuent à minimiser cette dette sociale. Deux éléments parmi d’autres : une certaine transparence sur le chiffre d’affaire et tout le calcul de la marge, pour visualiser effectivement combien d’argent reste sur le compte à la fin du mois. Également au programme, un partage équitable de la marge finale entre les collaborateurs (individuellement, par les primes), les clients (à travers un budget dédié à l’amélioration continue du groupe), et les actionnaires.

Pour certains c’est du détail, voire un risque, de mon côté je crois que ce sont des pratiques vitales pour générer un esprit de corps et permettre à chacun de s’inscrire dans le long terme avec l’entreprise. Donc attention à ne pas négliger cette dette sociale, au risque d’un réveil douloureux le moment venu de payer les intérêts…

Dilbert du 2013-02-16

Vous avez vu comme je suis mes propres recommandations? 🙂

Dilbert du 2013-02-16

Traduction approximative:

CEO: Les experts disent que nous devons faire grandir nos employés avec des « valeurs ».

CEO: Donc même si je ne sais pas trop ce que c’est, nous en avons besoin.

Boss: Il me semble que c’est du genre « Ne pas courir avec des ciseaux ».

CEO: Commençons avec ça, et voyons s’ils arrêtent de demander des augmentations.