La tête dans le guidon…

Ce matin, sur le trajet pour aller au boulot, je participe à la scène suivante.

Je suis en moto, dans la file de 2 roues qui circule entre les 2 files de voiture, et le traffic est très ralenti. Sur la file de gauche une voiture mal positionnée, trop vers le centre de la voie, ce qui très pénible quand on passe entre 2.

Le motard devant moi klaxonne, une fois, 2 fois, trop rapidement pour laisser le temps à l’automobiliste de réagir et se ranger sur la gauche. Sans attendre le motard décide de passer, et lorsqu’il passe à hauteur de la voiture, il donne un coup de poing rageur dans son rétroviseur.

Un gif de chat plutôt maléfique

Evidemment la grande gueule que je suis, je le rattrape au stop suivant, et l’engueule copieusement sur son attitude déplorable, et sur comment son comportement renvoie une image catastrophique des motards, tout ça pour gagner pas plus d’une minute sur son temps de trajet. Vous vous doutez bien qu’avec les casques et l’adrénaline, le message était bien moins éloquent 😉

Sur le coup il réagit comme un être humain moyen, les insultes fusent…

Mais sur le stop suivant c’est lui qui se met à mon niveau, et à mon grand étonnement il s’excuse platement et reconnaît qu’il a mal agit.

La morale?

On peut aller vite, très vite, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit s’attendre à la même chose de son entourage et son environnement. S’emporter quand ça ne suit pas est même injuste: chacun son chemin, à son rythme. Et quelle que soit sa faute, quand ça arrive (il ne faut pas se leurrer, nous sommes tous faillibles) la belle attitude c’est de le reconnaître, assumer et corriger le tir.

Star Trek - on est d'accord!

Dilbert du 2014-05-07

Et d’ailleurs, un des freins à la correction de vieilles anomalies c’est la conduite du changement qui va avec. Comment expliquer à un utilisateur que toutes les décisions qu’il a prise depuis 2 ans reposent sur du vent?

Dilbert du 2014-07-05(dilbert.com)

Traduction approximative:

Boss: Vous êtes sur que les données du rapport sont justes?

Dilbert: Je vous fournis ces données douteuses depuis des années, c’est la première fois que vous vous souciez de leur justesse.

Boss: Pardon?

Dilbert: Je vous dis que les données sont correctes!

Agent de l’immobilisme

En ce moment je suis installé dans le même bureau que ce que j’appelle un agent de l’immobilisme. Au départ je voulais appeler cette catégorie de gens des agents de la résistance, mais ça faisait trop noble, trop glorieux par rapport à la signification historique du mot « résistance ». Je me suis donc rabattu sur agent de l’immobilisme.

Et le mien d’agent, celui que je vois toute la journée, il le représente bien l’immobilisme, dans sa plus belle forme même. Je dis ça parce que lui ne fait pas dans l’immobilisme passif, dans la paresse, non non. Le mien il est dans l’immobilisme actif, en fait ses journées sont même ultra remplies : il est en retard dès 9h du matin !

Que fait-il ? Il passe son temps au téléphone (en conférence avec le plus de monde possible), ou en réunion, à décourager, à refuser, à accepter, à lister les inconvénients et les challenges insurmontables, à relancer les débats fermés, à parler de son « expérience » et de comment il est sur que ça ne marchera jamais…

Il est subtile le bougre ! Son avis ne vient jamais en frontal, il laisse les gens s’exprimer, il contourne, il détourne… Ce qui est sur c’est que tant qu’il est dans la pièce ça n’avance pas, tant qu’il est dans la boucle, les arbitrages ne finissent pas.

Je plains sincèrement ses partenaires de projets, ceux qui essayent de faire avancer les choses malgré sa résistance, malgré son immobilisme. Je les plains d’autant plus qu’il a l’air de s’activer, on ne peut donc rien lui reprocher !

Et vous savez le pire ? Je suis sur que même lui ne réalise pas à quel point il est immobile. Il court tellement dans tous les sens qu’il ne peut pas se rendre compte qu’il fait du surplace. C’est d’ailleurs certainement le contraire, il doit surement penser qu’il est moteur, et il doit d’ailleurs surement être épuisé de toute cette énergie qu’il dépense !

Mais il y a une chose qui ne trompe pas, un test infaillible: les vacances. Car c’est quand il est parti en vacances pendant 2 semaines que tous ses projets ont avancé, que toutes les situations se sont résolues.  Donc si vous aussi quand vous rentrez de vacances vous vous étonnez de l’avancement de vos projets, sachez-vous poser les bonnes questions. Ça nous arrive à tous d’être l’agent de l’immobilisme, le tout c’est de savoir s’en sortir !

Il y a une faute d’orthographe en page 3

Une amie est venu me raconter une histoire qui m’a rappelé quelque chose que moi aussi j’ai déjà vécu, une histoire qu’on a tous déjà vécu et qui nous a tous épuisé moralement.

C’est l’histoire d’un cahier de procédure transmis de génération en génération, comprendre de prestataire en prestataire successif, sensé décrire la bonne marche du service à gérer pour la mission.

L’histoire ne dit pas si le cahier avait été initialement bien réalisé, personnellement j’en doute, toujours est t’il qu’à force d’édition par des gens moins motivés les uns que les autres, le cahier était devenu plus un objet symbolique (alias le bâton merdeux) qu’un réel guide pratique et utile.

Il était tellement loin de la réalité ce cahier que quand il a été demandé à mon amie de le mettre à neuf, elle s’est empressée de repartir de zéro pour constituer le cahier qu’elle aurait souhaitée trouver à son arrivée. Elle a donc relevé ses manches et après une semaine d’audit acharné et de recompilation astucieuse (oui je suis orienté) elle s’est enfin retrouvé avec un document de 5 pages, concis, qui expliquait tout le nécessaire et suffisant pour faire fonctionner le service. Elle se dépêche donc de le mettre en forme et le transmet quelques jours en avance à sa chef.

Comment l’a-t-on remercié de son investissement dans sa tache ?

Sa chef : « Il ne correspond pas à la trame du précédent, il faut le refaire ».

Hum hum.

« Comment répondre sans être vulgaire ? » C’était la question de mon amie.

Le fait que sa chef réponde ça indique clairement qu’elle n’avait pas lu le document plus loin que la première page. La police de caractère et le sommaire ayant changé, elle a refusé le document en bloc. Pourquoi prendre des risques à changer le document quand l’ancien satisfaisait très bien le client ? Le document n’a plus de sens ? Et alors ? Sa fonction n’est plus d’expliquer quelque chose, sa fonction c’est d’exister dans un répertoire quelconque pour qu’une clause contractuelle obscure soit remplie.

J’ai donc indiqué à mon amie ce que moi j’aurai répondu à sa chef : « Est-ce que vous voulez que ce soit fait, ou est ce que vous voulez que ce soit bien fait ? »

  • Si la chef répond « juste fait » > Mon amie reprend l’ancien cahier, change la date dans l’entête comme tous les autres avant elle, et voilà !
  • Si la chef répond « bien fait » > Voilà le nouveau cahier, comment pouvons nous l’améliorer ensemble?

Notez qu’il n’y a pas de compromis possible, pas de situation intermédiaire. C’est soit la rupture et l’amélioration avec le nouveau document, soit la routine et la sécurité avec l’ancien. Pas de document bâtard qui mélangerait le neuf dans le vieux : le pire c’est de se retrouver à devoir diluer son travail bien fait dans un format qu’on a déjà rejeté. Rien de tel pour poser sa démission 1 semaine après (en même temps, est-ce vraiment une mauvaise chose?).

Tant qu’on parle de démission : on peut accepter que son chef nous demande une fois ou deux de « juste faire » une tâche, mais ce doit être exceptionnel et justifié. Si c’est l’inverse, que la routine c’est « juste faire » et que l’exception c’est « bien faire », c’est qu’il est temps de changer de chef.

Cette histoire a résonné en moi parce qu’elle m’a rappelé quant après 1 mois de l’audit le plus exhaustif auquel j’ai participé, le premier retour qui nous a été fait par le DSI auquel nous avions remis le document de compte rendu a été : « Il y a une faute d’orthographe en page 3 »…

« Il y a une faute d’orthographe en page 3 », c’est devenu une private joke dans l’équipe pour désigner des situations pourries dans lesquelles les preneurs de décision fuient le changement comme la peste. Des situations sclérosées qu’il faut savoir éviter à tout prix. « Est-ce que vous voulez que ce soit fait ou bien fait ? » :  C’est une bonne question pour faire le tri !

Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, c’est évidemment Seth Godin la référence, mais d’autres en parlent aussi plutôt bien.