Dire aux clients qu’ils ne sont pas communs

Il est vrai qu’on ne dit surement pas assez à ses clients qu’ils ne sont pas communs. Brent Ozar, l’expert SQL Server qu’on ne présente plus, le rappelle dans son dernier article.

Lorsqu’on est consultant, on voyage de client en client et on voit comment les choses sont faîtes, comment les outils sont utilisés, dans une variété de contexte. De ces multiples expériences on retire une espèce d’implémentation type, une moyenne des pratiques rencontrées qui sont appliquées chez 90% des clients. Ce sont des interprétations plus ou moins correctes des bonnes pratiques définis par le référant reconnu, bien souvent l’éditeur.

Et de temps en temps, on tombe sur un représentant des 10% restants. Des clients qui ont complétement contourné ou modifié ce qui est dans les moeurs. Attention, ce ne sont pas des clients catastrophes, qui n’ont définitivement rien compris à l’outil. Ce sont au contraire des clients qui ont sciemment ignoré une pratique commune pour répondre à un besoin spécifique incontournable.

Ces clients là poussent les outils et méthodes à leurs limites, et c’est pour cela qu’il est difficile de répondre à leurs questions de but en blanc (mais c’est souvent les questions les plus intéressantes).

Et bien à ces clients, il faut leur rappeler qu’ils sont hors du commun. D’abord pour reconnaître leur talent (c’est mérité), ensuite pour expliquer notre surprise quand on voit leur implémentation et nos temps de réaction à leurs questions, enfin pour éviter le culte du cargo pour le prochain projet…

Dilbert du 14/10/2010

C’est la suite de celui du 13/10/2010 (ce n’est pas une évidence, l’habitude veut que les histoires ne se suivent pas :)).

Dilbert.com

Collègue de Dilbert: Les clients se plaignent du fait que nous ayons vendu leurs données personnelles.

Collègue de Dilbert: En plus, la totalité des acheteurs étaient des voleurs d’identités.

Boss : Ce n’est pas possible, nous avons vérifié l’ensemble des identités des acheteurs… Oh…

Encore un exemple de la sagesse de Seth Godin

Pour ceux qui ne connaissent pas Seth Godin, c’est un peu l’oracle de la stratégie business de notre temps. Il dit des choses parfois cryptiques, étranges, pour ceux qui ne sont pas sensibles à ses idées. Par contre une fois converti à sa philosophie, tout devient évident et on ne comprend plus ce qu’on ne comprenait pas.

Moi je suis converti, je lis son blog, j’ai lu Linchpin, son dernier livre, ne vous étonnez donc pas si je le cite régulièrement par ici.

Dans son dernier article, il décompose le changement en 2 parties, toutes les deux problématiques:

  1. Les gens qui ont peur du changement vont protester immédiatement, clair et fort. Ils vont protester sans prendre en compte la réalité, ni même pondérer les scénarios catastrophes qu’ils imaginent par les probabilités de chance qu’ils se déroulent réellement.
  2. Les gens qui vont profiter du changement n’y croient pas, tout du moins pas tant que le changement n’est pas arrivé. Ils restent donc assis tranquillement en attendant que ça se passe.

C’est vrai.

Mais heureusement il existe des gens, ou des situations, qui cassent cette dynamique. A vous de trouver les uns, ou provoquer les autres, pour que le statu quo se brise!

J’en profite pour rappeler la technique de 37 Signals pour diminuer la résistance au changement : diminuer les enjeux des décisions. Comment ils font ça? En prenant de toutes petites décisions (Make Tiny Decisions). Et comment fait-on pour les grosses décisions? On les découpe en petits morceaux, soit sur le périmètre engagé, soit dans le temps en les rendant temporaires de manière explicite. En France, on aime prendre des grosses décisions, pour se prouver notre propre importance dans l’organisation, et on aime les décisions éternelles. Si c’est le cas dans vos boîtes, ne vous étonnez pas des gros turnovers. Ce type de management ne peut pas marcher sur le long terme, il implique trop de frustrations. Donc n’hésitons plus: découpons!

Meta – Rythme d’écriture

Certains le savent déjà, certains l’apprendront avec cet article, d’autres n’en auront rien à faire, mais je change de job le mois prochain. C’est une super bonne nouvelle, je quitte un système dysfonctionnel pour intégrer une équipe avec laquelle je partage des valeurs cruciales. J’en reparlerai sans doute plus tard 🙂

Je suis donc en train de transmettre mes dossiers à mon remplaçant, et ça nous demande beaucoup d’énergie pour être bien fait.

Tout ça pour dire que dernièrement mon rythme d’écriture a été erratique, et qu’il le sera encore la semaine prochaine, j’en suis désolé. Tout devrait rentrer dans l’ordre après, puisque j’aurai quelques jours de vacances bien mérités 😉

4 liens rapides pour la semaine (2010-43)

Et hop:

  1. La courte éloge de Mandelbrot par Planet Money. C’est une très bonne introduction à l’idée principale du bonhomme.
  2. Comment l’impuissance corrompt: un excellent article qui explique bien le malaise du middle management.
  3. La sensibilité du commerçant, l’autre manière d’analyser son business (sans calculette ni tableau Excel).
  4. Le dernier article de Mike Masnick de Techdirt sur l’économie digitale, incontournable, comme d’habitude.

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Wesabe vs Mint : les vraies raisons de l’échec

C’est toujours intéressant de connaître l’histoire des vainqueurs, d’essayer de lire dans cette histoire pour comprendre quels ont été les critères de succès. Mais très souvent ça ne sert à rien, à cause de la fâcheuse tendance de l’être humain à voir des causes là ou n’y en a pas.

Ce qui est bien plus intéressant c’est de connaître l’histoire des perdants. Surtout quand ils arrivent à prendre suffisamment de recul pour comprendre d’où est venu l’échec. Et le dernier en date à se livrer à cet exercice publiquement est Marc Hedlund, co-fondateur de Wesabe (aujourd’hui l’appli a disparu, il ne reste « que » la communauté). A la base, Wesabe était la première application en ligne de gestion de compte, un type d’application désormais défini comme Mint-like. Le principe: on upload ses extraits de compte et l’application génère automatiquement du reporting financier mignon qui permet de comprendre pourquoi on est toujours à découvert dès le 15 du mois.

L’article en question est vraiment à lire, il se trouve par là.

Dans la première partie de son analyse, Mister Hedlund explique les raisons, souvent évoquées par la presse, qui selon lui ne sont pas à la base de leur échec:

  • Que Mint soit sorti en premier. C’est faux: c’est Wesabe qui est sorti en premier, et ils ont même réussi à prendre une bonne longueur d’avance en terme de nombre d’utilisateurs. Mais Mint a profité des débuts de Wasabe pour observer dans l’ombre et comprendre ce qu’il fallait faire, et ne pas faire. Le premier n’est donc pas toujours le gagnant.
  • Wesabe n’a jamais fait d’argent. C’est faux mais pas vraiment pertinent par rapport à cet article 🙂
  • Mint a un meilleur nom et un meilleur design. C’est vrai, mais Marc Hedlund ne pense pas que ça ait été un point déterminant dans la victoire de Mint. J’ai tendance à penser que si, tout du moins pour le design. Pour viser le grand public, il vaut mieux une appli belle mais un peu foireuse sur les bords que l’inverse, contrairement aux professionnels, qui sacrifieront la beauté pour les fonctionnalités. Pour moi, il faut d’abord que (1) l’appli fonctionne et fonctionne rapidement, ensuite (2) qu’elle soit belle, enfin (3) qu’elle couvre l’intégralité du périmètre fonctionnel. Mint a les deux premiers, Wesabe a tenté le premier et le dernier.
  • Wesabe n’a pas été viral alors que Mint oui. Faux: les deux l’ont été plus ou moins.

Mais alors, si ce ne sont pas ces raisons qui ont provoqué la chute de Wasabe, quelles sont les vraies raisons? Pour Marc Hardlund c’est:

Une erreur d’exécution : Ils ont eu un choix difficile à faire pour une fonctionnalité clef de l’application: le moteur de conversion automatique des fichiers uploadés provenant de la myriade de banques des utilisateurs dans leur modèle de stockage unique. Honnêtement, j’aurai fait le même choix qu’eux: re-développer en interne plutôt que d’utiliser celui de l’unique fournisseur à la réputation plus que sulfureuse. Mint a eu moins de scrupule, ça a payé: ils ont eu accès à la fonctionnalité d’upload automatique (sans retravail des utilisateurs donc) avant Wasabe qui avait été lancé 6 mois plus tôt.

Une erreur de design :  Mint part du principe que l’utilisateur ne doit rien faire, le moteur va donc essayer de ranger automatiquement les dépenses qui apparaissent sur les relevés de compte de l’utilisateur dans des catégories type loisir, restaurants, loyer… Évidemment ça donne des résultats bien foireux, mais ça donne des résultats. L’utilisateur de Mint a donc accès à un graphique de ses comptes dès les premières minutes de l’utilisation de l’application. A côté de ça, l’utilisateur Wasabe devait saisir et saisir et corriger et saisir et trier et saisir avant d’avoir le même résultat. Ok Mint n’est précis qu’à 80%, mais il donne un résultat quand Wasabe ne donne rien.

Ce qu’il faut retenir de cette aventure c’est que l’équipe de Wasabe a fait tous les bons choix par rapport à l’inscription du business dans le long terme: un moteur développé en interne, des résultats d’une grande qualité. Mais ils étaient placés face à des concurrents prêts à choisir des solutions court termes pour gagner absolument et tuer la concurrence. C’est ce qu’il s’est passé. C’est triste, mais certainement pas incontournable.

Le fait d’inscrire son business dans une stratégie long terme n’implique pas de renoncer à employer des tactiques court termes. C’est même strictement nécessaire pour lutter contre des business qui eux ne vivent qu’autour de leur stratégie court terme.

Comment cela s’applique pour Wasabe? Si la fonctionnalité d’import automatique était tant critique ils auraient dû lancer les 2 efforts en parallèle: développer leur propre moteur en interne, au calme, pour le long terme, et utiliser celui du fournisseur foireux à court terme pour gagner le sprint initial. Si les utilisateurs voulaient avoir un premier rapport rapidement après s’être inscrit, alors il fallait le leur offrir, même s’il était incomplet voir faux. Ensuite, rien n’empêchait d’éduquer progressivement ses utilisateurs (tout du moins la partie réceptive), en utilisant un bon design, pour les encourager à aller plus loin et faire mieux, et à ce moment leur offrir les outils pour le faire.

Et comme d’habitude, je conclue en faisant le lien par rapport au métier de consultant, où là aussi il faut savoir utiliser des tactiques à court terme pour faire progresser ses clients sur le long terme. Parce qu’il ne faut pas oublier que lorsqu’on se fait sortir d’un compte par des concurrents qui utilisent des techniques court terme, ça rend la tâche difficile pour faire progresser ses clients… qu’on a plus…