Aujourd’hui c’est le printemps, mais je n’ai que des articles de fin du monde. Ils sont à lire, surtout l’article sur Bank of America. Certes il est rageant, mais il est également bien jubilatoire.
Le New York Times a fait 3 Millions de dollars de résultat net ces 4 dernières années. Combien le parachute doré de son patron pour qu’il s’en aille? 24 Millions. Normal.
On a trouvé le responsable des variations spectaculaires récentes du prix des matières premières et de l’essence: les spéculateurs et la bourse. Pas vraiment surprenant.
Si avec ça vous ne savez pas pour qui voter aux prochaines élections… 😉
En parcourant mes flux ce matin, j’ai eu un flash en lisant un article sur Sparrow. En court Sparrow est un client mail pour iPhone et iPad. Personnellement j’utilise ce client sur OSx et je trouve qu’il fait bien le job. Mais là n’est pas le sujet.
Dans cet article, l’auteur nous indique le prix de l’appli : 3$. Ça m’a frappé. Quand on pense à la somme de talent et de volonté nécessaire pour que cette application termine sur mon iPhone – de l’équipe de développement de l’application elle même, de tout ce qui se passe chez Apple en Californie et en Chine, jusqu’au bloggeur qui va me faire sa recommandation – tout ça est mis en place pour seulement 3$ ? Sur le coup ça m’a semblé vraiment dérisoire.
Je me suis mis à la place des dirigeants de Sparrow, et cela m’a paru absurde de vendre autant de temps et de talent pour un prix à l’unité si faible (notez au passage que c’est tombé sur Sparrow au hasard, je ne les connais pas du tout).
J’en étais là quand deux éléments me sont revenus en mémoire pour balancer cette vision des choses :
La citation de Walt Disney : « On ne fait pas des films pour faire de l’argent, on fait de l’argent pour faire des films »
Et là l’équation s’est renversée. Si chez Sparrow ils font comme Walt Disney, ils font de l’argent pour faire des applications, alors le prix unitaire est en fait indépendant de la perception de valeur que l’on a du produit. Peu importe qu’il ait fallu un milliard de jours/homme pour délivrer le produit, cela ne rentre pas en ligne de compte. Le critère principal pour fixer le prix devient de permettre à l’entreprise de continuer à faire ce pourquoi elle existe.
Maintenant il va falloir s’interroger sur quelle est la vocation de l’entreprise…
Je pense que c’est dans cette réflexion – partagée par Walt Disney, Simon Sinek ou encore Chris Dixon – qu’on touche à la vérité essentielle du business: quel est l’objectif de l’entreprise ? Pourquoi l’entreprise existe-t-elle ? Pourquoi fait-elle ce qu’elle fait?
Évidemment la réponse n’est pas « faire de l’argent », puisque la question se formule également « pour quelle raison l’entreprise fait-elle de l’argent ? ».
C’est loin d’être une question triviale, c’est même certainement la question la plus difficile que doit se poser un chef d’entreprise. En effet la réponse ne fera certainement pas partie de la liste des raisons attendues par son banquier, par ses pairs et surtout par lui-même. Car non, rouler en Maserati n’est pas une fin en soi! C’est un plaisir, c’est un boulot, c’est un outil marketing… mais ce n’est pas une fin en soi.
Ceux pour qui c’est plus facile sont les dirigeants de business familiaux. Ils disposent d’une réponse primaire évidente: protéger la famille, que ce soit dans le matériel mais également dans la transmission du patrimoine, de l’héritage, du savoir-faire. C’est certainement la raison pour laquelle ces entreprises durent aussi longtemps. Le pourquoi est clair dans ce type d’entreprise.
L’héritage c’est malheureusement ce qui se perd le plus vite si on oublie pourquoi on fait du business. On peut prendre la FNAC en exemple : le pourquoi de la société était pourtant écrit un peu partout sur leurs murs : « Agitateur de curiosité ». Est-ce que vider les rayons de ses collaborateurs ultra-pointus sur la musique et la littérature pour les remplacer par des emplois non qualifiés (et moins chers) était une décision alignée avec le pourquoi de la société ? On peut en douter. Ce n’est pas la décision qui aura terminé la FNAC, une enseigne qui est certainement loin d’avoir dit son dernier mot, mais c’est une décision qui aura fait comprendre à la clientèle et aux collaborateurs que finalement la FNAC n’était pas si différente des autres enseignes.
Un autre exemple nous vient des bibliothèques municipales aux USA, je l’avais déjà rapporté dans les 4 liens. On pourrait penser que la vocation des bibliothèques est le prêt de livres, mais ce serait rater l’essentiel. L’utilisation par un individu de notre pays, de notre culture, nécessite des éléments que nous avons tendance à considérer comme universels mais qui ne le sont pas. D’ailleurs plus le temps passe et plus le seuil augmente : lire et écrire, compter, remplir un formulaire, comprendre des notions administratives abstraites, utiliser un ordinateur, accéder à Internet… Ce sont des compétences désormais nécessaires pour vivre au quotidien en Europe ou aux USA mais qui malheureusement ne sont pas universelles.
Si on considère les bibliothèques comme de simples rayonnages de livres, autant les fermer : elles sont dépassées à l’aube du tout numérique. Mais si comme dans l’article on les voit comme des points d’accès à notre culture, à notre « civilisation », qui permettent d’apporter les compétences nécessaires à ceux à qui elles manquent et sans lesquelles ils seraient exclus du système, ça c’est un pourquoi essentiel qui justifie de se battre pour leur survie.
Aligner sa stratégie et ses décisions avec le pourquoi de son entreprise n’est certainement pas suffisant pour réussir, mais c’est absolument nécessaire. Le pourquoi c’est la colonne vertébrale de l’entreprise. Recruter autour permet d’aligner tous ses collaborateurs dans le même sens, les motiver. Communiquer autour permet d’identifier sa clientèle et construire une relation à long terme avec elle.
Pour conclure, j’ai parlé des dirigeants mais je crois qu’on peut appliquer cette réflexion à sa carrière personnelle. Pourquoi faites-vous ce que vous faites aujourd’hui ? Est-ce un choix, une vocation ? Avez-vous les mots pour expliquer pourquoi ?
Encore une fois ce n’est pas évident, il est même fort probable que vous n’ayez pas de réponse. Ce n’est pas grave en soi, vous aurez juste beaucoup de mal à atteindre une satisfaction professionnelle durable – j’imagine que vous êtes déjà au courant…
De mon côté j’ai identifié mon pourquoi. Je crois en effet qu’à mon petit niveau je mène un combat qui suit les valeurs des Lumières. Sur ce blog et à travers chaque mission je lutte contre l’irrationnel, l’obscurantisme et l’arbitraire. J’apporte des informations rationnelles et des méthodes scientifiques qui permettent de comprendre les situations et prendre des décisions justes et éclairées.
Et vous ? Vous partagez dans les commentaires ? 😉
[Mise à jour 22/03/2012]Pour plus de clarté j’ai ajouté quelques exemples supplémentaires dans l’article suivant. Bonne lecture 🙂
Pour information, je participe au 1er afterwork (une bière au bistro après le boulot) de la communauté décisionnelle SQL Server parisienne. Enfin je dis parisienne parce que c’est à Paris, mais le monde entier est le bienvenu 😉
Lors de cette soirée, nous vous invitons à venir discuter « Self-Service BI » – le sujet du jour – avec mes camarades François, Aurélien, Jean-Pierre, mais également David, Charles-Henri et Romuald (The Dark Knight).
Ca causera évidemment PowerPivot et Power View, mais je vous rassure, pas seulement. En effet au dela des produits, la vraie question qui se pose est de savoir si le cas d’utilisation « Self-Service BI » existe vraiment, ou si ce n’est que le dernier slogan marketing à la mode chez nos amis les éditeurs. Consultants, internes côté IT ou côté utilisateur, décideurs ou stagiaires (le plus gros pool d’utilisateurs de PowerPivot à mon avis :)) venez nombreux, tous les points de vue sont bons à prendre!
Le rendez-vous est posé le jeudi 22/03/2012 à partir de 19h30 au Charly Birdy (place Étienne Pernet, 15ème).
Si vous n’êtes pas dispo ce jour mais intéressés par le concept, vous pouvez vous abonner à ce blog (si ce n’est pas déjà fait ;)) et/ou à la mailing list du GUSS. Comme ça vous n’aurez pas d’excuse pour la prochaine!
Encore via Hacker News, un récit qui donne une vision claire de ce à quoi servent vraiment les bibliothèques publiques, et comment les réorganiser à l’aube du livre numérique.
Je vous avais déjà relayé deux bons exemples de relation client, aujourd’hui c’est moi qui vit l’inverse.
Comme pas mal de gens en France, j’ai décidé de changer d’opérateur mobile pour Free. Il faut dire que passer de 75€ à 20€ par mois pour avoir bien plus, c’est difficile à rationaliser:
Voix illimitée VS 3h
3Go de data fair use VS 1Go chez Orange
Partage de connexion inclus VS option à 20€
…
Cela faisait plus de 10 ans que j’étais chez Orange, toujours avec un forfait à plus de 50€, quasiment jamais en étant engagé.
Vous croyez qu’ils m’auraient appelé en voyant ma demande de portabilité de numéro vers Free? Raté.
Alors je m’interroge. N’y a t’il pas une base de données quelque part chez eux qui segmente les clients par valeur? Ne dispose t’elle pas de rapports d’alerte automatiques en cas de demande de résiliation? Qu’on ne me dise pas que ce n’est pas possible techniquement, je sais que ça l’est: c’est mon métier 🙂
Toujours est-t’il qu’aujourd’hui ils m’ont appelé, 5 jours après la bascule, pour me demander si je ne voulais pas souscrire à de nouvelles options…
Sérieusement? La pauvre télé-conseillère n’était même pas au courant que je n’étais plus chez eux.
Jusque là je pensais qu’ils ne m’avaient pas appelé parce qu’ils n’avaient rien de mieux à me proposer que Free. Manifestement c’était plutôt qu’ils n’étaient même pas au courant que je ne faisais plus partie de leur clientèle. Entre parenthèse, ça fait s’interroger sur la confiance qu’on peut avoir dans les chiffres qu’ils publient dans la presse ou de manière institutionnelle.
Je conclurai en vous disant que je trouve ça rageant de voir une boîte avec autant de talent côté technique – car ne vous méprenez pas, ils sont excellents côté infrastructure – perdre toute crédibilité devant l’incompétence du service marketing, que ce soit sur l’offre ou la gestion de la relation client. C’est juste absurde.