Chefs de projet, Managers : la veille technologique, c’est aussi pour vous !

Je pense qu’on sera tous d’accord pour dire que l’industrie du développement logiciel connaît une accélération forte de son rythme d’innovation. Quel que soit le secteur ou la stack technologique, un développeur doit maintenir une veille technologique de plus en plus importante pour rester à jour et profiter de toutes les nouveautés. D’ailleurs ne croyez pas que je vois cela d’un mauvais œil, bien au contraire pour moi c’est très positif, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Le sujet de cet article, c’est qu’il ne faut pas croire que seuls les développeurs doivent se tenir à jour sur l’évolution des outils et techniques de leur profession. Parce que si la technique évolue, les méthodes et processus de travail évoluent tout autant. Agilité, SCRUM, Lean IT, Lean Startup, MVP / MMF, Kanban, Software Craftsmanship, autant dire que ça bouillonne côté gestion de projet / produit / équipe, avec des gains significatifs dans les performances du delivery et dans la satisfaction de toutes les parties prenantes du projet. C’est pour cela qu’à mon sens il est devenu vital pour les chefs de projet de trouver une place dans leur planning pour leur veille technologique.

Bon et là je parle de l’innovation, mais je ne peux pas m’empêcher de rappeler que s’il y a quelques années on arrivait plus ou moins par hasard au poste de chef de projet, aujourd’hui c’est un métier bien défini, avec des tâches élémentaires incontournables : savoir entendre un client/utilisateur sans imposer ses biais cognitifs, abstraire le besoin et modéliser élégamment les processus métier à couvrir par la solution, synthétiser tout ça pour le transmettre de manière efficace et efficiente au reste de l’équipe, déterminer la progression de l’équipe et la rapporter avec transparence à sa hiérarchie. Et que si toutes ces activités de base ne sont pas déjà maîtrisées, c’est le premier sujet à creuser.

Parce qu’entre nous, mettre un costume, passer sa vie en réunion et faire les gros yeux quand le projet n’avance pas tout seul, ça ne suffit plus en 2014 😉

The Office - Wow this is hard

Évidemment c’est le même combat pour les managers. Il se passe énormément de choses en ce moment en psychologie cognitive et en optimisation des organisations (cf les 4 liens de la semaine) et il est pour moi inconcevable de ne pas s’en inspirer dans son job de manageur aujourd’hui. Et évidemment je ne parle pas de déployer Yammer ou de choisir entre Paintball et Karting pour la prochaine sortie de « team-building ». Je parle de l’encadrement d’êtres humains dont la carrière est sous notre responsabilité.

Alors n’oublions pas que quel que soit son rôle dans l’organisation, il est fondamental de maintenir une veille technologique active, à travers la lecture des ouvrages de références, des formations, des conférences, la participation à des groupes d’utilisateurs, ou encore le suivi via Twitter de l’actualité de son domaine.

PS: J’écris cet article la semaine dernière, entre temps je lis The Hard Things About Hard Things, et évidemment ça fait changer mon point de vue sur le sujet – enfin pas qu’il faille entretenir son savoir, mais plutôt qui est responsable de maintenir l’effort dans la durée. On en reparle quand je vous débriefe le bouquin…

Petite réflexion autour de l’accélération des technologies

En ce moment l’écosystème décisionnel Microsoft est en ébullition. Avec la sortie de SQL Server 2012, c’est tout un camion de nouvelles technologies qui débarque dans notre petit jardin: le DAX, SSAS Tabular, PowerPivot, Power View, Data Explorer, des gros morceaux de SharePoint qui s’incrustent, Windows 8, les évolutions SSIS, le T-SQL version 2012… On a un peu l’impression d’avoir un nouveau langage / environnement à apprendre tous les 3 jours.

Même en dehors de Microsoft le décisionnel bouge beaucoup, et on commence à parler Tableau, Qlikview, SpotFire, qui eux aussi requièrent une certaine expertise voir une expertise certaine.

Et si on revient chez Microsoft mais qu’on sort de la BI, on voit que ça bouge beaucoup, et que ça en fait s’interroger plus d’un !

Oh mon Dieu, du DAX!!!

Oh mon Dieu, du DAX!!!

Alors je crois que c’est le bon moment pour un petit rappel qui nous vient de 2002, de chez Joel Spolsky :

When I was an Israeli paratrooper a general stopped by to give us a little speech about strategy. In infantry battles, he told us, there is only one strategy: Fire and Motion. You move towards the enemy while firing your weapon. The firing forces him to keep his head down so he can’t fire at you.

Traduit approximativement :

Pendant mon service militaire, un général s’est adressé à nous pour un petit cours de stratégie. Dans les batailles d’infanteries, nous disait-il, il n’y a qu’une stratégie: tirer en mouvement. C’est à dire se déplacer vers l’ennemi tout en tirant dans sa direction. Le fait de tirer lui fait baisser la tête, ce qui permet de se déplacer sans qu’il vous tire dessus.

Qu’il applique à la technologie, quelques paragraphes plus loin:

Think of the history of data access strategies to come out of Microsoft. ODBC, RDO, DAO, ADO, OLEDB, now ADO.NET – All New! Are these technological imperatives? The result of an incompetent design group that needs to reinvent data access every goddamn year? (That’s probably it, actually.) But the end result is just cover fire. The competition has no choice but to spend all their time porting and keeping up, time that they can’t spend writing new features.

De nouveau traduit approximativement:

Pensez à l’histoire des protocoles d’accès aux données issus de Microsoft. ODBC, RDP, DAO, ADO, OLEDB, ADO.NET – tous tout neuf ! Etaient-ils technologiquement incontournables ? Ou le résultat de l’incompétence du groupe de design concerné ? Peu importe, le résultat c’est un tir de couverture : pendant que la compétition passe son temps à adapter son code elle n’a pas le temps d’écrire de nouvelles fonctionnalités.

Et nous autres, les utilisateurs de ces technologies, on est pris au milieu de la bataille.

Les juniors sont découragés par le nombre de technos à apprendre, les séniors s’offusquent d’avoir à apprendre encore un nouveau langage.

Tout ça c’est du « Fire & Motion » de l’éditeur, il est important de ne pas y succomber, car ce n’est pas notre guerre. Pour l’éviter : déterminer quel est votre objectif – réaliser des projets ? – et accomplissez le sans vous inquiéter de ne pas maîtriser l’ensemble des technologies de l’offre.

Ce qui est important c’est :

  • d’avoir les bases, la théorie essentielle indépendante de la techno : parler à un client de ses besoins, la modélisation dimensionnelle, de la gestion de projet élémentaire…
  • de maîtriser au moins une technologie, et connaître ses limites,
  • de savoir apprendre les autres, uniquement au moment où vous avez besoin d’elles et uniquement ce dont vous avez besoin
  • de savoir demander à l’aide.

Pour tous ces points, il y a la communauté. Abonnez-vous aux blogs, participez à FrenchConnection.BI et au GUSS, contactez les experts, bref, ne restez pas tout seul dans le noir 😉

Jusqu’à la fin de votre vie, plus vous apprendrez, plus vous réaliserez à quel point vous en savez peu. C’est de la philosophie de bas étage, mais c’est à garder en mémoire devant l’énormité du travail de veille technologique qui attend tout développeur / consultant qui se respecte.

Bon courage ! 🙂