Un débat glissant…

Si vous avez récupéré la liste de mes flux RSS, vous avez pu vous étonner de la présence de certaines entrées. Je pense par exemple à Free Range International et The Captain’s Journal,

Le premier est le blog de Tim Lynch, un « contractor » de l’armée américaine déployé en Afghanistan depuis 2005. J’ai commencé à le suivre pour avoir un contre-avis sur la problématique des sous-traitants du DoD à la Blackwater/XE, vous savez, ces entreprises qui facturent des milliards pour aller faire les cowboys et tuer les locaux dans les zones de guerre. Tim Lynch fait partie d’une petite boite qui opère dans l’ombre de l’armée américaine pour aider à la reconstruction, et ses récits sont passionnants – voir le dernier par exemple. D’une part cela permet de prendre beaucoup de recul sur notre propre situation et nos petits problèmes, d’autre part il parle des mêmes problèmes organisationnels que l’on rencontre en faisant du consulting classique.

Le second est le blog d’Herschel Smith, le père d’un Marine également déployé en Afghanistan, bon chrétien conservateur de Caroline du Nord. C’est un peu un euphémisme de dire qu’il supporte difficilement les démocrates 😉 Lui je l’aime bien car il ne fait pas dans l’argumentaire à 2 sous, il raffine vraiment ses propos et très souvent il fait mouche. Rien de tel pour stimuler sa perception du monde!

Un de ses derniers articles parle du deuxième amendement de la constitution américaine: le droit à posséder et porter des armes à feu. Je vous encourage vivement à aller le parcourir. Pour les pressés, dans cet article il part d’un fait divers – un homme qui se balade dans la rue avec son arme dans un holster bien visible, qui se fait maltraiter par la police – pour déconstruire l’argumentaire classique des anti deuxième amendement. Et il est bon le bougre! De cette lecture m’est venu une idée que je souhaitais vous exposer. Si la possession d’une arme est souhaitable pour se défendre contre un gouvernement qui déraperait (l’origine véritable du 2ème amendement), pourquoi ne pas lier le niveau de possession / droit au transport des armes à feu au niveau d’alerte du gouvernement?

Dans ce scénario par temps de paix on fonctionne comme en France: permis nécessaires, délivrés par l’état après contrôle, entrainement possible en stand de tir, etc, etc, et plus l’état passe en état d’urgence, plus les citoyens peuvent s’équiper / porter des armes en publique, comme dans les états les plus conservateurs des USA. Notez qu’au contraire à l’heure actuelle le gouvernement restreint les libertés individuelles quand l’état d’urgence est déclaré.

En fait je trouve séduisante l’idée d’adapter la capacité de self-defense des citoyens en fonction du niveau de passe-droit (nécessaire selon les circonstances) que s’autorise l’état. Cette idée a plein de contre-arguments, c’est un débat glissant (d’où le titre de l’article) et je ne suis certainement pas le plus qualifié pour traiter de ce sujet. Mais ce qui m’intéresse c’est de revenir au thème du blog et voir si c’est une idée transposable dans l’organisation de l’entreprise. Évidemment le but n’est pas de réfléchir à comment distribuer des armes à feu dans les open-spaces non, mais de prévoir des circuits adaptatifs d’auto-défense des collaborateurs quand le management part en sucette. Quels moyens les collaborateurs peuvent employer pour sauver l’entreprise quand le comité exécutif s’écroule? Est-ce que les syndicats en font partie? Est-ce que l’actionnariat-salarié en fait partie? Quels indicateurs déclencheraient l’escalade? Je ne sais pas mais cela m’interpelle…

 

Citation de la semaine

La voilà:

Beyond doubt, the most salient characteristic of life in this latter portion of the century is SPEED – what we may call hurry, the rate at which we move, the high-pressure at which we work;- and the question to be considered is, first, whether this rapid rate is in itself a good; and, next, whether it is worth the price we pay for it.

En français:

Sans l’ombre d’un doute, la caractéristique principale de la vie en cette fin de siècle est la vitesse, la précipitation, la hâte avec laquelle on se déplace, on agit, la haute pression sous laquelle on travail; et la question à se poser est donc de savoir si ce rythme de vie est bon, et s’il vaut le prix qu’on paye pour lui.

Rien de neuf hein? Peut être que si en fait, puisque ça date de 1877… J’ai triché dans le premier paragraphe pour ôter la mention du 19ème siècle, cf. l’original via Scott Berkun.