Stephen Few sur Tableau 8 (spoiler : il est pas ravi)

Stephen Few, le pape de la datavisualization, nous fait un retour assez sombre sur la nouvelle édition de Tableau (qui devrait sortir sous peu). Vous le savez c’est un sujet qui me tient à cœur puisque je dispose d’une offre Tableau dans mon portefeuille.

Si je n’ai pas eu la chance de tester Tableau 8 moi-même, pour constater de visu les remarques faites par Stephen, je retrouve bien mon feeling général par rapport à l’éditeur dans sa prose. Je vous laisse aller la parcourir!

The new face of Tableau

Alors la situation est-elle critique? Le monde de Tableau s’écroule t-il?

Ou formulé de manière plus pragmatique : Peut-on encore sereinement acheter du Tableau aujourd’hui ?

Oui, évidemment! (répond le revendeur de licences).

Tableau Desktop 7, et bientôt Tableau 8, est pour moi l’un des meilleurs logiciels d’exploration visuelle des données. Il dispose d’une avance considérable qu’il faudra du temps aux autres pour rattraper. Aujourd’hui c’est le plus rapide à prendre en main, le plus flatteur pour l’utilisateur, le plus simple à déployer et maintenir, et à part les copains Spotfire (au licencing incompréhensible) et JMP (nettement moins sexy) il n’y a pas grand monde pour le concurrencer.

Par contre si Tableau, l’éditeur, en faisant des efforts pour plaire à Gartner et au marché (à la veille de son entrée en bourse), va à l’encontre des bonnes pratiques de la dataviz (qui étaient son facteur différenciant jusqu’à présent), il est vitale que les vrais experts indépendants comme Stephen Few tirent la sonnette d’alarme. C’est chose faite!

Espérons que le message passe.

Dilbert du 30/07/2012

Retour de Stephen Few sur l’étude Forrester sur la visualisation de données avancée

Stephen Few est mon nouveau gourou. Tout du moins dans la partie Business Intelligence (décisionnel) de mon activité.

J’ai acheté ses livres et je suis en train de les dévorer. Un compte rendu arrive bientôt, mais à mon sens « Show Me The Numbers » (édition 2012) représente côté visualisation de données ce qu’est « The Datawarehouse Toolkit » (2nd édition) de Kimball côté entrepôt de données. Et ceux qui me connaissent savent à quel point je vénère ce livre, donc ce n’est pas peu dire !

Show Me The Numers : Pareto Chart

D’ailleurs si vous vous souvenez c’est déjà Stephen Few qui m’avait inspiré pour cet article, c’est lui l’auteur du slide, et je suis content puisque désormais j’ai une bible pour chaque côté de la barrière.

Pourquoi vous en reparler maintenant ? Parce que ce bon monsieur a un blog, qu’il a du caractère et qu’il n’a pas sa langue dans sa poche. Donc naturellement il allume joyeusement et régulièrement l’industrie décisionnelle au sens large, et c’est plutôt jouissif.

La dernière en date je n’allais pas spécialement vous la rapporter, mais Stéphane Nardin a bien fait d’insister et j’y suis retourné pour voir que non seulement l’article de Mister Few est bon, mais que les commentaires qui suivent sont excellents.

Je crois que l’ensemble vaut vraiment les 10 minutes de lecture qu’il requiert, mais pour les pressés et les anglophobes je vous la fais en courte :

  • Stephen Few raconte dans l’article comment à la simple lecture de l’extrait gratuit du dernier rapport de Forrester sur la visualisation de données (2500$), il sait que c’est du vent. Morceaux choisis :
    • « … parce que, basé sur ses précédentes publications, je sais que Boris Evelson (un des deux auteurs) ne comprends pas grand-chose à la visualisation de données… »
    • « Personne avec un minimum d’expertise dans la domaine de la visualisation de données ne placerait IBM, Information Builders, SAP et Oracle dans la liste des leaders à côté de Tableau Software, Tibco Spotfire et SAS… »
    • « L’équipe de Forrester fait preuve de ce comportement typique dans le monde de la BI de l’obsession sur la technologie plutôt que sur les compétences et activités qui permettent de réaliser des visualisations efficaces… »
    • « Si vous avez payé pour le rapport de Forrester, demandez à être remboursé. Rappelez-leur qu’avec un tel prix, vient l’attente d’un niveau réel d’expertise. »
  • Dans les commentaires il continue :
    • « Vous pouvez penser que c’est violent de qualifier le rapport de Forrester de mensonges. Peut-être est-ce seulement de l’ignorance. Mais quand on prétend être expert, on se donne la responsabilité de connaître la vérité. Les auteurs ne peuvent pas être omniscients, d’accord, mais ils n’ont pas d’excuse pour ne pas connaître des faits aussi élémentaires ».
    • « Les auteurs de ce rapport, en fait, n’ont aucune expérience en visualisation de données. Ce sont des généralistes de la BI qui n’ont pas pris le temps d’apprendre ce domaine. »
  • Toujours dans les commentaires, il publie une mise à jour après avoir mis la main sur le rapport complet :
    • « Grace à un collègue qui m’a transmis une copie complète du rapport de Forrester, je peux maintenant dire que c’est pire que ce que j’imaginais. »
    • « Si cette étude représente la valeur générale qu’apporte Forrester à ses clients, ces derniers feraient mieux d’arrêter de payer et demander à être remboursés ».
  • Ce sur quoi intervient un certain Kyle McNabb, VP chez Forrester, qui tente de corriger le tir :
    • « Aucun vendeur ne paye pour apparaître dans l’étude » (en réponse à Stephen qui s’interroge sur pourquoi certains vendeurs qui n’ont rien à faire dans la visualisation de données y apparaissent quand même).
    • « Nos recherches sont exhaustives (…) Elles sont construites avec objectivité et en transparence ».
  • Et Stephen se lâche en réponse:
    • « C’était peut-être fatiguant (jeu de mot sur exhausting / exhaustive) pour vos analystes de compiler cette étude à cause de leur ignorance sur le sujet, mais ce rapport est loin d’être exhaustif ».
    • « Forrester produit peut-être des rapports utiles sur d’autres technologies, mais honte sur vous de produire un tel torchon sur la visualisation de données et de le facturer 2500$. »

Ouch.

Mais c’est aussi dans cette réponse finale qu’on touche à mon avis au coeur du problème. Stephen Few y révèle que l’un des auteurs lui a confié qu’il manquait d’expertise sur le sujet, et qu’il souhaitait que Stephen le forme. Seulement Forrester ne paye pas pour ce genre de prestation. Ils fonctionnent sous forme d’échange de bons procédés : la formation est gratuite, et en échange l’organisme cite l’auteur dans ses études, contribuant à sa notoriété, et oriente ses propres clients à la recherche de conseil vers la société de Stephen Few. Comme ce dernier le souligne, ce n’est pas avec ce genre d’arrangement qu’on peut garantir objectivité et transparence

Conclusion : ce n’est qu’un secret de polichinelle, mais les analystes (Forrester, Gartner…) disent un tas de choses qu’il faut savoir prendre avec des grosses pincettes. Personnellement, même quand je suis d’accord avec ce qu’ils publient, je place toujours un disclaimer qui rappelle la qualité incertaine de la source d’information. N’hésitez pas à faire de même !