Un outil pour la transparence en SSII : le tableau mensuel des marges

2013 est terminée, et je voulais partager avec vous une initiative que j’ai lancée avec mon équipe l’année dernière, et qui à mon sens a considérablement participé à l’amélioration du moral, à la cohésion du groupe, à la confiance dans la structure, à la paix sociale en somme !

Il s’agit d’un petit rapport tout bête, qui présente à toute l’équipe nos dépenses (salaires, frais, structure) et notre chiffre d’affaire, ce qui permet de calculer la marge et visualiser le résultat de nos efforts. Un petit exemple ci-dessous (les chiffres, mêmes s’ils se veulent réalistes, ne sont évidemment pas ceux de mon équipe) :

On peut cliquer pour voir plus grand ;)

On peut cliquer pour voir plus grand 😉

Vous noterez mes hypothèses :

  • Taux Journalier moyen : 580€
  • Nombre de jours ouvrables sur la période (prise en compte des congés) : 124
  • Salaire chargé (niveau patronal) moyen : 4600€/mois
  • Frais de structure à 25% du CA
  • Un objectif de marge annuelle à 180K€, voir plus bas sur la répartition

Attention la dernière ligne est une valeur cumulée à date, le reste étant les valeurs mensuelles.

Et surtout vous noterez le résultat : il ne reste pas grand-chose après 8 mois d’activité (on n’oublie pas l’impact important des congés d’été) en ajoutant que ces chiffres sont avant l’impôt sur les sociétés. Pour rappel cet impôt se situe entre 15%  et 35% du résultat (15% si le CA est inférieur à 7,5M€), même si l’optimisation fiscale est devenu un sport très souvent mis en pratique par nos patrons 😉

On apprend quoi ?

  • Qu’en effet une fois qu’on a tout payé, raisonnablement il ne reste pas tant que ça
  • Que malgré tout il reste quelque chose : potentiellement 60K€ de réinvestissement pour la société (ligne bénéfice société), et autour de 7000€ de « monnaie » pour investir sur les collaborateurs
  • Que le tout peut s’effondrer très vite si l’inter-contrat s’envole (cf Mars). On peut comprendre le stress des patrons à la sortie d’un consultant en mission : potentiellement c’est la marge du mois qui peut y passer
La transparence ça fait du bien, mais ça peut faire mal !

La transparence ça fait du bien, mais ça peut faire mal !

Ce calcul repose sur le framework dont je parlais tantôt, qui répartie la marge équitablement entre les actionnaires (bénéfice société), les collaborateurs (primes annuelles) et les clients (amélioration des produits et service), les fameux 7000€ entrant dans cette dernière catégorie.

Ce petit tableau, mis à jour mensuellement avec 1 ou 2 mois de forecast, permet de renouer avec son équipe en l’impliquant directement sur le résultat de l’entreprise. On bosse bien, on accepte de faire des sacrifices dans son quotidien, et on voit le résultat directement à la fin du mois.

Par contre, comme toute initiative sur la transparence, ça implique de jouer le jeu tant sur les chiffres (c’est tellement facile de maquiller les chiffres) que sur la répartition effective du cash: si effectivement le pôle a généré 20K€, difficile de refuser des formations à 2K€.

A pratiquer avec l’accord de la direction !

A pratiquer avec l’accord de la direction !

Enfin, vous noterez que comme tout rapport, il est nécessaire de l’accompagner de valeurs de référence (résultat N-2/N-1, framework « standard ») et d’objectifs. En plus de contribuer au moral cela contribuera alors également à l’amélioration continue !

Penser sa SSII autrement – Investir dans ses collaborateurs

Alors que la fin d’année arrive, avec ses entretiens annuels, ses augmentations et ses calculs de primes, une discussion revient régulièrement sur le tapis entre consultants : celle de la répartition du cash dans son entreprise.

Parce que lorsqu’on facture 600€ par jour, plus de 200 jours par an, soit plus de 100’000€ de chiffre d’affaires, en étant payé 50’000€ bruts et qu’on s’entend dire que la société n’a pas les moyens de payer les primes cette année, ça surprend toujours.

Comité de direction

Cette année c’est le comité de direction qui décidera des primes.

Faisons donc le calcul dans cette hypothèse. En 2012 il y a eu 254 jours ouvrables, avec 11 RTT et 25 jours de congés payés ça laisse 218 jours facturables. Pour un profil confirmé déployé sur missions de 6 mois, on peut tout à fait imaginer 210 jours effectivement facturés sans trop de problème. Ça laisse quelques jours de transition entre les 2 missions, plus 2 jours de présence aux Journées SQL Server 😉 Notre profil confirmé facture à 600€/jour (pas génial mais c’est la crise nous dit-on…), soit un chiffre d’affaire de 126K€. Côté charge, on va inclure les cotisations patronales dans le salaire (*1,44), et passer de 50K€ brut à 72K€. Là-dessus on ajoute une participation aux frais de structures (salaires des non productifs, fonctionnement, loyers, matériel…) qui s’estime par tradition à 20% de ce montant, et les charges arrivent à 86,4K€. On obtient donc un résultat avant impôt de 39,6K€, imposé à 30%, ce qui fait un résultat net de 27K€ (32% de rentabilité, résultat net / salaire total). Alors évidemment il faut prendre ça avec un rocher de sel, puisqu’on pose beaucoup d’hypothèses pour arriver à ce chiffre, dont certaines qui peuvent tout changer au résultat. Par exemple il est assez contestable d’appliquer l’impôt sur le résultat au niveau du consultant plutôt qu’au niveau de la société, puisqu’il peut s’annuler si la marge de notre consultant rattrape le manque à gagner d’un autre pôle en déficit. De même pour la contribution aux frais de fonctionnement, en fonction de l’efficacité / la gourmandise du management, le montant peut vraiment exploser.

 Dilbert du 27/05/2012

Quoi qu’il en soit, notre consultant génère un montant X net qu’on estimera à 27K€ / an, la question étant donc que faire de cet argent. Et c’est très bien puisque c’est là où je voulais en venir avec cet article ! Dans le mode de gestion actuel des SSII, les employés n’ont aucune idée de ce que devient cette marge, ni même au minimum de la manière dont elle se ventilera. Et je trouve ça bien dommage (dit l’employé qui n’a pas encore été patron ;)). Car si les postes de dépenses sont facilement identifiables, c’est dans la répartition que s’exprimera les valeurs du management. Notez que je ne suis pas l’inventeur de cette vision, je ne fais que la relayer. Les postes les voici, sans ordre particulier :

  • Les actionnaires, sans eux rien n’aurait été possible, il est normal qu’ils perçoivent un retour sur leur investissement initial
  • Les clients, évidemment de manière indirecte, par exemple par l’augmentation de la qualité du service rendu, la qualité du SAV ou du marketing…
  • Les collaborateurs, on va en parler !

Notez que je n’indique pas de poste spécifique pour le management / la direction. Leurs services sont payés par la contribution de 20%, et ils sont évidemment dans la catégorie « collaborateurs » avec tous les autres. De la même manière je n’inclus pas de poste « société », qui couvrirait la constitution et l’entretien des besoins techniques court terme comme le fonds de roulement, ni les réserves pour procéder à des investissements moyen et long termes. Cela fait partie également de la contribution de 20% aux frais de fonctionnement. Pendant les périodes fluctuantes de la vie de la société, on peut envisager d’augmenter la contribution pour couvrir tous ces besoins. Typiquement, lors des 2 premières années, il est nécessaire de constituer le fonds de roulement, et de se créer des réserves en cas d’arrêt temporaire de l’activité (3 à 6 mois sans facturation par exemple). Toute la marge y passe, et c’est normal. De même pendant un creux d’activité, et en gros à chaque fois que la survie de l’entreprise est en question.

La crise de 29

MSemploy.fr – Ah non ! C’était en 29 ça.

Mais lorsqu’on est dans une période stable du cycle de vie de l’entreprise, il est normal de ventiler la marge réalisée sur les 3 postes identifiés, pourquoi pas de manière équitable ? Pour cet article nous sommes en vision collaborateur, voyons donc ce que cela donne. Si notre consultant confirmé a généré 27K€ de résultat, et qu’on considère qu’un tiers de ce résultat devrait lui être consacré, cela représente 9’000€. Que faire avec ce montant ?

  • Verser une prime ? Attention 1’000€ de prime nette représentent quasiment le double payé par l’employeur, soit pas loin de 2’000€
  • Pour un consultant, acheter des bouquins, des abonnements (MSDN, Projet Botticelli…) ou bien l’équiper des dernières technologies, PC, smartphone… 2’000€
  • Payer une formation, attention à compter le prix de la formation et le cout de la non facturation, le manque à gagner en quelque sorte. Soit 3’000 + 600*3, grosso modo 5’000€ pour 2 ou 3 jours avec Marco Russo, Alberto Ferrari ou Chris Webb. Pas cher pour être formé par les meilleurs mondiaux.
  • Plus quelques jours au siège à ne pas facturer pour bosser en R&D (et pas sur les projets internes de la direction)

Et voilà. C’est vite parti ! Ça n’a peut-être l’air de pas grand-chose, mais je ne connais pas beaucoup de SSII qui investissent « autant » dans leurs collaborateurs. C’était mon premier point. Le fait qu’il me paraît normal qu’une partie non négligeable de la marge générée par le collaborateur lui soit consacrée dans l’amélioration de son environnement de travail et de sa compétence. Le fait également que cette quantité n’est pas aussi importante que la plupart des consultants peuvent le croire. Tout du moins pendant cette période de « crise », avec des acheteurs qui torturent les taux de facturation et des patrons de SSII qui consacrent une part trop importante de la marge à constituer des réserves par peur de la fin du monde. Le deuxième point, c’est ce fameux 20% de contribution dont on parle tout du long du calcul. J’ai envie d’arrêter de le considérer comme une taxe sur l’activité du consultant, et plutôt le voir comme une prestation que le collaborateur achèterait à l’entreprise et dont elle devrait justifier le prix. On en reparle plus tard 😉

Rattrapage de Dilbert!

J’en ai trop sous le coude, j’écluse un peu 🙂

30/04/2011
Dilbert.com

Traduction Approximative :

  • Dogbert: J’ai déterminé la durée au bout de laquelle vos clients raccrochent alors qu’ils attendent d’avoir le Service Après Vente au téléphone.
  • Dogbert: Ensuite j’ai corrigé vos messages d’attente et vos menus pour que cela prenne juste un peu plus que cette durée pour parler à votre SAV.
  • Dogbert: En fait c’est en voyant vos manuels utilisateur que je me suis dit que vous haïssiez vraiment vos clients.
  • Boss: Bah, c’est plus de l’apathie que de la haine en fait.

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04/05/2011
Dilbert.com

Traduction Approximative :

  • Contrôleuse : Encore une fois notre seule ligne de business rentable est « Erreurs de facturation intentionnelles »
  • Contrôleuse : Tout a commencé par d’honnêtes erreurs, maintenant c’est la seule méthode pour conserver nos bonus.
  • Boss: On a rien de mieux à venir?
  • Contrôleuse: Le service Recherche et Développement teste de nouvelles erreurs pour l’algorithme de calcul des retraites.

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17/05/2011
Dilbert.com

Traduction Approximative :

  • Dilbert: Vous avez planifié la fin de la recette après la date de mise en production.
  • Chef de Projet: Nous sommes confiants.
  • Dilbert: C’est vraiment dommage que l’intelligence ne confère pas ce genre de confiance absurde.