Modèle d’organisation de la DSI, ce qu’il ne faut pas faire.

Hier j’ai eu une discussion intéressante avec un client qui fait partie des CO (Chief Officers, CEO, CTO, CIO, CFO …) d’un grand groupe international.

Nous parlions de l’organisation de la DSI (Direction des Services Informatiques) et de comment le modèle de fonctionnement en société de prestation interne avait sur le moyen terme détruit l’implication des équipes informatiques dans son entreprise.

Ce n’est pas la première fois que j’entends ou je vis ce genre de situation, je vous avais d’ailleurs déjà passé cet article qui à mon sens résume très bien la problématique. Je vous rapporte ses principaux arguments ci-dessous :

  • Quand la DSI est conduite comme un business, avec des clients (internes) et des contrats (les spécifications), son objectif n’est plus de faire progresser l’entreprise. Pour le management l’objectif devient la minimisation des budgets, pour les équipes de répondre aux cahiers des charges en minimisant les efforts.
  • Dans ce mode de fonctionnement disparaissent les synergies, la collaboration entre les équipes et l’objectif commun de faire progresser l’entreprise… tout ce qui permet de créer un groupe de travail efficace en somme.
  • Quand la DSI fonctionne comme une société indépendante, le reste de l’entreprise la traitera comme un fournisseur. Or les décideurs métiers n’ont en général que très peu confiance en leurs fournisseurs. Difficile de créer de la valeur dans ces conditions.
  • Et que dire des fonctions informatiques transverses comme la qualité, l’architecture ou la sécurité, qui deviennent des verrues qu’aucun client ne veut inclure dans son budget ? Qui donc payera pour ça ? Le premier à développer un nouveau projet ? Tu parles d’une incentive à ne pas faire évoluer ses plateformes. On comprend mieux pourquoi nos outils de travail ont plus de 6 ans.
  • Une fois entrée dans ce mode, la plupart des réunions entre les métiers et les équipes de la DSI deviennent des réunions d’arbitrage, pour décider qui a le moins tord entre des métiers qui ont rédigé des spécifications les plus vagues possibles pour ne pas risquer d’oublier quelque chose, et des techniques qui se sont mis des œillères et ont codé bêtement, sans chercher à comprendre le besoin pour minimiser le temps d’implémentation.

Et là on peut prendre un peu de recul et se rappeler que tout ce beau monde travaille dans la même entreprise. C’est déprimant non ?

Quelles sont les solutions quand on en arrive là ? Personnellement j’en vois 2 :

  • Aller jusqu’au bout du mouvement et externaliser complètement sa DSI. Ainsi la DSI pourra être mise en concurrence avec d’autres prestataires, et pourra à son tour prendre d’autres clients. Ce n’est pas la solution que je retiendrai car à mon sens c’est mettre en danger une fonction « régalienne » de l’entreprise, mais au moins les incentives seront alignées correctement et les collaborateurs pourront travailler efficacement.
  • Faire machine arrière et réintégrer la DSI dans l’entreprise : abolir la notion de client interne et mettre à la poubelle toute la gestion du budget par facturation interne. L’objectif devient alors de visualiser la DSI non plus comme un centre de coût mais comme une boite à outils permettant au métier de mieux remplir ses fonctions.

Elle est bien jolie cette deuxième solution mais comment faire pour la mettre en œuvre quand la DSI est mal organisée, les collaborateurs sont déprimés, le turnover explose, les compétences fuient le bâtiment plus vite que les RH ne savent les trouver, et qu’en prime les métiers détestent la DSI parce que les projets informatiques ne finissent jamais bien ?

Je n’ai pas de recette miracle, chaque DSI répondra différemment à une réorganisation, mais il y a des pistes à suivre, certaines risquées et d’autres moins. Etant donné que l’objectif de la démarche est de changer la manière dont la DSI se perçoit et est perçue, le mieux est de commencer par les domaines où elle est en contact avec le reste de l’entreprise : en premier lieu dans les projets et dans la vie de tous les jours.

La première des pistes, celle qui concerne les projets, c’est évidemment l’Agilité. Il n’y a qu’à aller voir les valeurs de l’Agilité pour voir le lien immédiat avec ce que je raconte ici. Les méthodes de gestion de projet Agile sont à mon sens un des premiers outils à mettre en œuvre pour réussir cette transition. De plus c’est une piste facile à suivre puisqu’elle n’engage qu’un projet et une équipe à la fois. Je ne vais pas détailler ce point maintenant, c’est plus qu’un article à part entière et je le ferai certainement dans les semaines qui viennent si le sujet vous intéresse, je vous laisse consulter ma série d’article dessus: 1, 2, 3. Juste une petite remarque sur le sujet: attention à ne pas tomber dans le culte du cargo qui consisterait à appliquer une énième méthode en en oubliant l’esprit.

La seconde piste, concernant la vie de tous les jours, pourrait concerner la hotline. Pourquoi ne pas remplacer le modèle actuel de call center anonyme, qui marche si bien pour la gestion de la relation client (c’est de l’ironie, évidemment), par ce qui se fait de mieux en social en ce moment : un stack overflow interne ? Dans un call center tout est procéduré, caché dans des applications mal standardisées, sans aucune transparence ni cycle d’amélioration, avec des tonnes de redondances, des acteurs dénués de toute individualité et de tout chemin de progression. Au contraire dans un outil comme stack overflow, chaque hotliner a un profil, une réputation, des domaines d’expertises, les résolutions se font en plein jour, les utilisateurs contribuent au système, les mêmes questions ne sont pas reposées 50 fois par jours… En somme c’est tout l’inverse !
Plutôt que de mettre en place des workflows compliqués qui ne marchent jamais vraiment, il suffit d’utiliser les tags et de mettre en place des abonnements mails. Sur ce genre de plateforme, les rouages redeviennent des gens et retrouvent la fierté de leur travail. Et si c’est le réseau qui plante et que le site est injoignable ? Un mini call center à la Zappos fait très bien l’affaire ! Pour tout dire j’ai hâte de voir ce genre de solution déployée dans une entreprise!

Une remarque en passant : n’imaginez pas mettre en place une variabilisation de la rémunération des hotliners en fonction des statistiques de réponse sur la plateforme, sinon tout le système s’écroulerait

J’aimerais conclure en rappelant qu’au-delà de ces deux premières pistes, le seul vrai porteur de ce changement de mentalité est le directeur des services informatiques (ou équivalent). Sans une volonté sans faille de sa part à faire changer les choses, tous les efforts seront voués à l’échec. Mais si vous avez cette motivation et que vous lisez ce blog, rien ne pourra vous arrêter 😉

The Oatmeal : réunion au sommet

Il y a 15 jours, le 17 février, le président américain Barack Obama s’est rendu à San Francisco pour rencontrer les dirigeants des plus grands groupes technologiques américains.

Alors ok Microsoft c’est à Redmond, dans la banlieue de Seattle, et c’est pas la porte à côté de San Francisco, mais quand même...

The Oatmeal : Obama et Ballmer

Il y a une faute d’orthographe en page 3

Une amie est venu me raconter une histoire qui m’a rappelé quelque chose que moi aussi j’ai déjà vécu, une histoire qu’on a tous déjà vécu et qui nous a tous épuisé moralement.

C’est l’histoire d’un cahier de procédure transmis de génération en génération, comprendre de prestataire en prestataire successif, sensé décrire la bonne marche du service à gérer pour la mission.

L’histoire ne dit pas si le cahier avait été initialement bien réalisé, personnellement j’en doute, toujours est t’il qu’à force d’édition par des gens moins motivés les uns que les autres, le cahier était devenu plus un objet symbolique (alias le bâton merdeux) qu’un réel guide pratique et utile.

Il était tellement loin de la réalité ce cahier que quand il a été demandé à mon amie de le mettre à neuf, elle s’est empressée de repartir de zéro pour constituer le cahier qu’elle aurait souhaitée trouver à son arrivée. Elle a donc relevé ses manches et après une semaine d’audit acharné et de recompilation astucieuse (oui je suis orienté) elle s’est enfin retrouvé avec un document de 5 pages, concis, qui expliquait tout le nécessaire et suffisant pour faire fonctionner le service. Elle se dépêche donc de le mettre en forme et le transmet quelques jours en avance à sa chef.

Comment l’a-t-on remercié de son investissement dans sa tache ?

Sa chef : « Il ne correspond pas à la trame du précédent, il faut le refaire ».

Hum hum.

« Comment répondre sans être vulgaire ? » C’était la question de mon amie.

Le fait que sa chef réponde ça indique clairement qu’elle n’avait pas lu le document plus loin que la première page. La police de caractère et le sommaire ayant changé, elle a refusé le document en bloc. Pourquoi prendre des risques à changer le document quand l’ancien satisfaisait très bien le client ? Le document n’a plus de sens ? Et alors ? Sa fonction n’est plus d’expliquer quelque chose, sa fonction c’est d’exister dans un répertoire quelconque pour qu’une clause contractuelle obscure soit remplie.

J’ai donc indiqué à mon amie ce que moi j’aurai répondu à sa chef : « Est-ce que vous voulez que ce soit fait, ou est ce que vous voulez que ce soit bien fait ? »

  • Si la chef répond « juste fait » > Mon amie reprend l’ancien cahier, change la date dans l’entête comme tous les autres avant elle, et voilà !
  • Si la chef répond « bien fait » > Voilà le nouveau cahier, comment pouvons nous l’améliorer ensemble?

Notez qu’il n’y a pas de compromis possible, pas de situation intermédiaire. C’est soit la rupture et l’amélioration avec le nouveau document, soit la routine et la sécurité avec l’ancien. Pas de document bâtard qui mélangerait le neuf dans le vieux : le pire c’est de se retrouver à devoir diluer son travail bien fait dans un format qu’on a déjà rejeté. Rien de tel pour poser sa démission 1 semaine après (en même temps, est-ce vraiment une mauvaise chose?).

Tant qu’on parle de démission : on peut accepter que son chef nous demande une fois ou deux de « juste faire » une tâche, mais ce doit être exceptionnel et justifié. Si c’est l’inverse, que la routine c’est « juste faire » et que l’exception c’est « bien faire », c’est qu’il est temps de changer de chef.

Cette histoire a résonné en moi parce qu’elle m’a rappelé quant après 1 mois de l’audit le plus exhaustif auquel j’ai participé, le premier retour qui nous a été fait par le DSI auquel nous avions remis le document de compte rendu a été : « Il y a une faute d’orthographe en page 3 »…

« Il y a une faute d’orthographe en page 3 », c’est devenu une private joke dans l’équipe pour désigner des situations pourries dans lesquelles les preneurs de décision fuient le changement comme la peste. Des situations sclérosées qu’il faut savoir éviter à tout prix. « Est-ce que vous voulez que ce soit fait ou bien fait ? » :  C’est une bonne question pour faire le tri !

Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, c’est évidemment Seth Godin la référence, mais d’autres en parlent aussi plutôt bien.

La crise économique en un article

J’ai enfin trouvé la manière ultime de comprendre la crise le plus rapidement et le plus simplement possible.

Quand je parle de crise, je parle avant tout de la crise économique mondiale, mais également des instabilités (doux euphémisme) que vit en ce moment le bassin méditerranéen et qui à mon avis ont les mêmes racines.

La crise économique, résumée en une page de graphiques, c’est ici.

La crise économique et l’incapacité de nos dirigeants à y répondre, c’est là.

[Edition 28/02/2011] Il suffit que j’ouvre ma grande bouche sur un sujet casse-gueule comme celui là pour que dès le lendemain je trouve un contre-avis intéressant. En gros les deux côtés sont d’accord sur les causes des crises (disparition de la classe moyenne), mais là où comme solution Reich propose une augmentation des taxes pour les plus riches et les corporations, Kevin Meyer répond que cela ne contribuera qu’à la fuite de cette population vers des havres financiers. Il n’a pas tord le bougre! Du coup je reste convaincu sur l’explication de la crise mais je bascule dans l’indécision quant à la solution au problème. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis… 😉

Par ailleurs je rajoute le blog Evolving Excellence dans mon blogroll, il y a des choses vraiment intéressantes à lire là bas.

4 liens rapides pour la semaine (2011-09)

J’en aurais bien remis 8, mais je sais que certains n’ont pas encore eu le temps de digérer les 8 de la dernière fois 😉

  1. Via FlowingData, un bon guide pour faire du scraping de données, alias récupérer des données depuis le web et les nettoyer pour les mettre dans un format exploitable.
  2. Chris Dixon sur les business models à adopter en cas de ruée vers l’or.
  3. Scott Berkun qui nous a écrit la liste des choses à faire pour rendre fou son chef de projet.
  4. Et pour finir un article vraiment intéressant recommandé par Jason Fried, ça parle de l’économie actuelle et c’est quand même un petit peu déprimant…

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Dilbert du 15/01/2011

Le pire c’est quand on prend ça pour de l’empathie

Dilbert.com

Traduction approximative:

Boss: Comment ça se passe?

Dilbert: Ça ne pourrait pas être pire!

Dilbert: Je suis le seul à avoir dit que le projet était une mauvaise idée et pourtant c’est à moi que vous l’avez assigné.

Boss (pense): C’est encore plus drôle quand je le leur fais dire.