Après la dette technique, la dette sociale, l’autre ennemie du patron de SSII

On parle souvent de dette technique, cette expression maintenant bien connue qui propose que tout raccourci technique pris à l’instant t est en fait un emprunt de temps qu’il faudra rembourser, avec intérêt, dans le futur, en corrections d’anomalie ou refonte obligatoire avant évolution.

Je commence à penser que dans notre microcosme de consultants, on peut également parler de dette sociale. Évidemment je parle pour les consultants informatiques en SSII, mais je ne doute pas une seconde que cela s’étende à tout collaborateur employé.

 Dilbert du 2013-02-08

Vous vous souvenez que plus tôt nous discutions de la marge dégagée par un consultant, et de comment il pouvait être rageant de comparer sa rémunération aux montants que l’on facture. Si en y regardant de plus près on se rendait bien compte que cette marge n’était pas aussi importante que ce qu’on pouvait croire, il restait quand même un peu d’argent à la fin du mois dont on aurait aimé profiter malgré tout.

Et c’est là je pense qu’on peut parler de dette sociale : ce qu’un patron va pouvoir économiser sur les augmentations, les formations, l’équipement (PC, téléphones, licences…), les avantages (CE, remboursement des frais ou tickets resto), … il le payera forcément plus tard, en démissions ou négociations salariales en force (celles du genre : « j’ai reçu une proposition à tant, soit vous faîtes la même soit je démissionne »).

Rechercher l’optimisation à outrance de cette marge, à la fois en serrant sa masse salariale (les salaires et primes) et en consacrant une part minime du reste aux collaborateurs, est une stratégie à court-terme risquée qui employée en dehors d’instants très spécifiques (création d’une société, faiblesse économique ponctuelle) tuera à coup sûr la croissance à moyen terme. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, le chiffre d’affaire d’une SSII est directement proportionnel à son nombre de consultants. Une démission c’est une perte nette de chiffre d’affaire.

Manifestations de Mai 68

Patron, on a un problème dans l’open space…

Récapitulons :

  • Dette technique : on code à la va vite une évolution avec un patch un peu vilain plutôt que modifier proprement la solution ? Le retour de bâton viendra sur l’anomalie en théorie impossible, qu’on mettra 3 fois plus de temps à diagnostiquer parce qu’on aura oublié la petite verrue bien cachée.
  • Dette sociale : on choisit une mutuelle au rabais et on refuse des congés à ses collaborateurs ? Le retour de bâton viendra au moment de lancer un nouveau grand projet, quand 3 démissions tomberont en même temps et qu’on n’aura plus personne capable d’encadrer les juniors déployés.

De mon côté, nous avons mis en place plusieurs éléments qui je l’espère contribuent à minimiser cette dette sociale. Deux éléments parmi d’autres : une certaine transparence sur le chiffre d’affaire et tout le calcul de la marge, pour visualiser effectivement combien d’argent reste sur le compte à la fin du mois. Également au programme, un partage équitable de la marge finale entre les collaborateurs (individuellement, par les primes), les clients (à travers un budget dédié à l’amélioration continue du groupe), et les actionnaires.

Pour certains c’est du détail, voire un risque, de mon côté je crois que ce sont des pratiques vitales pour générer un esprit de corps et permettre à chacun de s’inscrire dans le long terme avec l’entreprise. Donc attention à ne pas négliger cette dette sociale, au risque d’un réveil douloureux le moment venu de payer les intérêts…

Dilbert du 2013-02-16

Vous avez vu comme je suis mes propres recommandations? 🙂

Dilbert du 2013-02-16

Traduction approximative:

CEO: Les experts disent que nous devons faire grandir nos employés avec des « valeurs ».

CEO: Donc même si je ne sais pas trop ce que c’est, nous en avons besoin.

Boss: Il me semble que c’est du genre « Ne pas courir avec des ciseaux ».

CEO: Commençons avec ça, et voyons s’ils arrêtent de demander des augmentations.

4 liens pour la semaine (2013-17)

Et c’est reparti pour un tour:

  1. David Cain sur la procrastination, ou comment le fait de trainer les pieds n’est pas de la fainéantise, mais bien un mécanisme de self-défense psychologique. Via Hacker News.
  2. Marco Arment sur Google Reader, et plus globalement le problème des solutions gratuites en position de monopole sur les écosystèmes logiciels.
  3. Eric Jackson sur pourquoi les entreprises doivent se prémunir des bozos (les clowns, les gens qui se croient bien meilleurs qu’ils ne le sont et qui écrasent les autres). Cela confirme bien que l’humilité reste une valeur essentielle chez un employé (être humain), et cela renvoie plus globalement au gap entre ceux qui sont sûrs d’eux (et qui n’ont pas forcément raison) et ceux qui doutent (la base de toutes nos démarches scientifiques) mais qui ont du mal à s’imposer dans la conversation.
  4. Enfin, Seth Godin qui nous rappelle que toute initiative humaine est imparfaite. Attention à ne pas oublier la destination à trop vouloir corriger les petits défauts sur la route.

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Afterwork Communauté SQL Server – Agilité décisionnelle

Le GUSS, Groupe des Utilisateurs SQL Server, organise un afterwork le 17 avril à 19h00 dans le 15ème à Paris.

Ce sera l’occasion de discuter de manière informelle sur les méthodes de gestions de projet et la philosophie agile, et l’outillage (ou absence d’outillage) qui va avec dans le monde SQL Server et Microsoft (tant côté ALM qu’outils de dév).

Ou juste boire une bière 😉

17 avril – 19h00
Charly-Birdy
1 place Etienne Pernet, Paris 15ème
Métro Commerce

Savoir rester lean dans son projet décisionnel

Vous vous demandiez peut-être à quoi je passais mon début d’année (plutôt que de vous écrire des articles de 3 pages de long) ? Et bien en dehors de ma récente promotion (une fois nos expérimentations d’organisation stabilisées je vous en parlerai, soyez patients), je le consacre à la finalisation d’un projet de plusieurs mois, réalisé par un padawan de talent et supervisé par mes soins.

Padawans en tenue

Sont pas beaux mes padawans? Tenue obligatoire en clientèle!

Entre 2 anomalies à corriger, nous rédigeons la documentation et préparons le voyage de l’application de l’environnement de développement, et de notre responsabilité, à celui de production, et à la responsabilité de l’exploitation. Au passage c’est toujours pendant ce genre de transition que l’idée du devops revient me faire des yeux doux. Ou encore le concept de livraison continue. Malheureusement ici je n’ai pas réussi à convaincre le métier et l’IT de bosser en mode Agile. Mais ce n’est pas le sujet du jour, revenons à nos moutons !

La documentation technique terminée, elle est relue par le directeur d’étude (respect, ce n’est pas souvent que ça arrive). Et ce dernier s’étonne : quasiment pas de règles de gestion, un schéma en étoile simpliste, un cube à la DSV vide, des dimensions sans surprises techniques. Ok on trouve bien quelques calculs MDX, et ok la partie ETL fait pas loin d’une centaine de packages, mais ce n’est que parce qu’on a fait un bon travail et bien tout découpé en flux de données unitaires. En dehors de ça la solution semble étonnement vide pour 3 mois de développement.

Un tout petit plat gastronomique dans une grande assiette

Minimaliste mais plein de goût, comme au resto gastronomique!

Et bien pour tout vous dire, j’en suis assez fier. Parce que pour arriver à cette apparente simplicité, ce « vide » dans la solution, cela nous a demandé des efforts considérables. Un projet informatique est soumis à une certaine forme d’entropie. Plus on avance, plus des éléments viennent se rajouter, des fonctionnalités, des données, des exceptions, des contournements, et si on n’y fait pas attention, sans rien toucher au périmètre initial de l’application, la solution est tout de même devenue un plat de spaghettis indémêlables avant même la livraison du lot 1.

Lutter contre cette tendance demande un effort constant. Dès qu’on se relâche, on se retrouve avec des règles de gestion implémentées dans des vues (ou pire, dans la DSV du cube), parce que c’est rapide, plutôt que de faire les choses proprement et d’ouvrir une énième fois l’ETL, modifier les métadonnées, les flux, et tout re-tester après.

Mais il ne faut pas se leurrer : tout ça c’est de la dette technique, et rien de pire pour une solution informatique de commencer sa vie encore plus endettée qu’un étudiant américain ! Alors ne relâchez pas la lutte, pensez marathon plutôt que sprint (rien à voir avec SCRUM ;)), pensez Lean, et faîtes un cadeau au vous de dans 6 mois qui devra bosser sur le lot 2 ou corriger une anomalie: laissez-lui une solution toute propre, il vous remerciera!

Le management n’existe que pour compenser ses propres erreurs de recrutement

Belle citation de Scott Adams (l’auteur de Dilbert), via Daring Fireball:

So here’s my summary: Management only exists to compensate for its own poor hiring decisions

En français dans le texte:

Donc en 2 mots : le Management n’existe que pour compenser ses propres erreurs de recrutement.

C’est un absolu qui résonne beaucoup en moi en cette période de recrutement. Parce que comme tous les managers décents, moi aussi je veux une troupe de gens autonomes, avec un vrai sens moral, des êtres humains responsables qui savent prendre des décisions pour leur bien personnel, le bien de leur équipe et le bien du business.

De mon côté je leur apporte une vision et des moyens à la hauteur. A eux de prendre en main leur carrière et de se réaliser. Évidemment dans ces moyens il y a de la guidance, mais l’énergie de création doit venir de chacun d’entre eux.

Et si je suis persuadé que tout être humain est capable d’arriver à ce niveau d’engagement à un moment donné dans sa vie, il ne l’est pas forcément à l’instant T. Le coût pour l’y accompagner dans un contexte professionnel, c’est bien un coût de management. Un coût qui s’économise si le recrutement filtre sur cette aptitude. On reboucle bien sur Scott Adams: le management existe pour compenser ses propres erreurs de recrutement. Mais pas seulement! 😉

Dilbert du 01/04/2013